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Très rare firman enluminé du sultan Aq Qoyunlu…

Lot 94
20 000 - 30 000 €
Résultats avec frais
Résultat: 337 500 €

Très rare firman enluminé du sultan Aq Qoyunlu…

Très rare firman enluminé du sultan Aq Qoyunlu Uzun Hasan,
Empire Turcoman, Tabriz, 1453-1478
Le firman décoré de quatre très belles et grandes compositions calligraphiques à l’or et encre bleue en écriture thuluth, entremêlée d’inscriptions bleues en coufique et en naskh, l’une d’entre elles arrangée en ambigramme, les interstices de certaines lettres décorés de palmettes réservées sur fond noir, l’entête suivi du chiffre (tughra) du sultan se lisant : Abu al-Nasr Hasan Bahadur Sözümiz à l’encre noire et or, le texte en écriture ta’liq à l’or en 17 lignes remontant vers la gauche, comportant des citations religieuses, copié sur cinq grandes feuilles d’un beau papier crème attachées les unes aux autres, légèrement raccourci de chaque côté, des marges en papier orange rajoutées sur le pourtour, il manque la partie basse du document.
Larg. : 28,5cm, avec restauration : 32 cm ; L. : 328 cm
État : incomplet, consolidé sur les bords par un papier orange. Petites déchirures en bas et papier froissé par endroit. Feuille restaurée et recollée à la hauteur de la formule religieuse de la signature. Quelques taches brunes. Plusieurs petites restaurations sur le fond.

Les inscriptions monumentales sont des invocations religieuses, certaines tirées du Coran (sourate 4, Al-Nisa, Les Femmes, verset 59 ; sourate 18, Al-Kahf, La Caverne, verset 2 et 3) et des hadiths du Prophète (relaté par Muhammad Bin Ishaq al-Sanghani, numéro 87).

Ce rouleau enluminé est un document particulièrement important de l’époque de la dynastie des Aq Qoyunlu. Il s’agit d’un décret royal (firman ou farman) émis par le Sultan Uzun Hasan (Hasan le Grand, né 1423) qui a régné de 1457 à 1478 sur le clan des Aq Qoyunlu ou « Moutons Blancs ». Cette dynastie, issue d’Anatolie de l’Est, a jusqu’au début du XVIe siècle contrôlé l’Arménie, la Mésopotamie et une grande partie de l’Iran à la suite des Timourides. Son apogée est atteinte pendant le règne d’Uzun Hasan, après ses victoires contre le clan rival des Qara Qoyunlus « Moutons Noirs », dont il annexe les territoires en 1457, puis contre le petit-fils de Timour, le Sultan Abou Sa’id en 1469. Il marque ses victoires en transférant sa capitale de Diyarbekir à Tabriz, l’ancienne capitale des Qara Qoyunlu. Il y construit une mosquée qui subsiste encore aujourd’hui. Uzun Hasan meurt en 1478. Son fils Ya’qub lui succède, mais la dynastie est éliminée par Shah Isma’il Safavi en 1506 après plusieurs décennies de lutte de pouvoir.
Notre firman reprend la tradition des décrets officiels timourides où le texte en écriture tawqi’ est précédé de grandes compositions calligraphiques en thuluth ou muhaqqaq aux longues hampes, écrit à l’or, parfois accompagné d’encre bleue. Entre les entêtes et le texte s’intercale le chiffre impérial du sultan (tughra) ou bien un ou plusieurs cachets attestant la légalité du document. Un très bel exemple est fourni par un décret lié au mausolée de Shaykh Abu Ishhaq, copié en 1448, probablement à Kazerun, dans la province du Fars et publié par Abolala Soudavar dans Art of the Persian Courts (New York, 1992, cat. 28, pp. 79-80). Dans ce document, les interstices des grandes lettres d’or sont décorés de palmettes en réserve sur fond noir, comme dans notre firman. Soudavar évoque également les grandes tughras à l’or des Ilkhanides et inscrit le document de Kazerun, et donc le nôtre, dans cette tradition-là (voir la tughra de l’Ilkhan Anushirvan, probablement exécutée à Tabriz vers 1350 et conservée à la Bibliothèque du Palais de Topkapi, B.411, fol. 91a).
Le firman timouride d’Iskandar Sultan, conservé à la David Collection, Copenhague, daté 1414, offre également une belle comparaison qui suit le format classique de grandes inscriptions à l’or suivies du texte (inv. 211.2006). Un rouleau Qara Qoyunlu au nom de Jahanshah, bien que plus simple que le nôtre, est d’un esprit similaire (daté jumada I 867 H. / Janvier 1463 ; http: // www.asnad.org/en/document/318). Bien que notre manuscrit soit tronqué (la partie haute du texte qui a survécu ne contient qu’une suite de citations religieuses), il devait être très long à l’origine, peut-être aussi long que les six mètres du firman de Copenhague. Tout laisse à penser que la finesse d’exécution de notre document et sa taille d’origine illustrent les ambitions impériales d’Uzun Hasan. Il est l’auteur de nombreux fath-namas, les lettres déclarant ses victoires à destination des souverains rivaux et il est certain qu’il a su assoir avec brio la domination des Aq Qoyunlu sur la région. (voir www.asnad.org : article Uzun Hasan).
Les grandes compositions calligraphiques qui décorent le firman s’inscrivent dans la tradition du XIVe et XVe siècle. Nous avons mentionné la tughra de l’Ilkhan Anushirvan. D’autres exemples sont fournis par un fragment de rouleau daté de la moitié du XVe siècle, vendu à Sotheby’s (Londres, 7 octobre 2015, lot 201), qui combine l’écriture monumentale muhaqqaq à des inscriptions en koufique, plus communes à l’Anatolie. Datant de 1458, le rouleau dit « du Sultan Mehmet II Le Conquérant » participe de la même esthétique, combinant les styles et les grandes compositions calligraphiques. Il est conservé à Istanbul et est en partie l’œuvre du calligraphe de Tabriz, ‘Ata’ullah bin Muhammad al-Tabrizi (E.H.2878, Esin Atil (trad.), The Anatolian Civilisations, vol. III, Istanbul, 1983, cat.E.10, p. 111). Il faudrait également étudier les albums de la Bibliothèque du Palais de Topkapi, tel que l’album dit Fatih (H.2153), préparé à l’origine pour le fils d’Uzun Hasan, Ya’qub Bey, qui contiennent sans doute des calligraphies similaires à notre firman.
La tughra d’Uzun Hasan est composée des noms du souverain (Abu al-Nasr Hasan), mais également du titre Bahadur, issue de la tradition Ilkhanide. Elle s’achève par l’expression turque sözümiz qui veut dire « notre parole » et qui se retrouve sur les firmans de l’époque. Cette titulature apparaît également sur une stèle d’albâtre au nom du sultan, vendue à Christie’s (le 20 avril 1999, lot 530), où elle comporte également le titre Khan, issu de la tradition turque. D’autres inscriptions identiques sont à Yazd et Ispahan et sur les pièces de monnaies frappées lors de son règne (Coins of the Jala’ir, Kara Koyunlu, Musha’sha’, and Aq Qoyunlu Dynasties, The Numismatic Chronicle and Journal of the Royal Numismatic Society, Sixth Series, Vol. 10, No. 37/38, 1950, p. 133).
Cette même tughra se retrouve sur plusieurs firmans du Sultan conservés à Istanbul. Bien qu’aucune illustration ne soit disponible, la tughra du sultan et les mêmes invocations religieuses se retrouvent sur le firman daté de 12 Sha’ban 874 H / 14 février 1470 (publié par Husayn Mudarrisi-Tabataba’i ; http: // www.asnad.org/en/document/270). D’autres firmans du Sultan non décorés sont au Musée du Palais de Topkapi (daté 1 ramadan 875 H / février 1471 ; inv.3127 ; daté 1 dhu al-hijja 877 H / avril 1473, sans numéro d’inventaire ; 27 muharram 778 H / 24 juin 1473, inv.3134) et dans une collection privée (daté 4 dhu al-qa’da 875 H / avril 1471, publié par Malek Khan, « Un Farman d’Abu Naṣr Hasan Bahadur ». Athar-é Iran 3, 1938, pp. 203-06).
Il semble que notre rouleau soit un des seuls firmans (le seul ?) enluminés datant de l’âge d’or des Aq Qoyunlu. Il apparaît donc comme un document majeur pour notre connaissance de l’art de cette période, tout en étant un document calligraphique aux qualités esthétiques remarquables.

A rare and important Aq Qoyunlu illuminated firman in the name of sultan Uzun Hasan, possibly Tabriz, Iran or Anatolia, 1453-1478
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