Quinze années durant lesquelles Pascal Marziano s’est entrepris tout entier à la constitution d’une collection de référence, ne comptant ni son énergie, ni l’argent dépensé, ni les déceptions (il y en a toujours dans ce genre d’aventure). Après plus de quinze années passées à assouvir sa passion, Pascal, nous le comprenons aisément, a décidé d’orienter sa vie différemment en améliorant et libérant son espace de vie surchargé, c’est peu de la dire, en se donnant le temps de voyager (dans des conditions décentes) et de faire des rencontres en dehors du milieu du marché de l’art.
Entre-temps, le trentenaire est devenu quinquagénaire, non qu’il considère avoir fait le tour du sujet, son humilité ne peut lui laisser le penser, mais il aspire à s’ouvrir à de nouvelles passions, tout particulièrement humaines. Aussi, le temps est venu de la dispersion ; organiser l’éloignement de ses « colocataires » n’a pas été chose facile, le choix a été murement réfléchi – ne lui restait plus qu’à définir le comment, où et quoi.
Comment :
Par le biais d’une vente aux enchères. Impossible de céder près d’un millier de pièces d’une autre manière si ce n’est au risque de se séparer des pièces les plus importantes en ayant du mal à négocier les œuvres plus confidentielles.
Où :
À Paris, place forte de ce marché. Restait à choisir la maison de ventes. Le nom Ader s’est imposé à lui grâce à son implication et sa place de premier plan dans les arts décoratifs du XXe siècle et tout particulièrement dans le domaine de la céramique. Pascal Marziano savais comment avait été menée la vente de l’importante collection de pièces de Georges Jouve en 2018 mais connaissait aussi les spectaculaires résultats de la vente de la Collection Lerat en 2022 ; pour ne citer que ces deux exemples. Il se savait, dans ce choix, tout particulièrement assuré que tant les chefs-d’œuvre qu’il chérissait que les pièces plus confidentielles aux auteurs en devenir seraient mis en avant et honorés de la même façon dans les différentes sessions – le projet commun entre le collectionneur et la maison de ventes est avant tout de laisser la trace du Regard Marziano.
Quoi :
La totalité des œuvres, si ce n’est quelques fétiches gardés pour des raisons personnelles. La dispersion s’articulera autour de ventes composites (plusieurs artistes, plusieurs mouvements, plusieurs matières, plusieurs périodes) et des ventes dédiées (ex. Pol Chambost, Les Anasse, Eugène Fidler, Les contemporains, La couleur, Les maître de l’émail, etc.) sur presque deux années.
La première vente à ouvrir la voie sera celle du 9 octobre prochain organisée en Salle 9, véritable écrin de l’Hôtel Drouot.
Le programme donne le tournis – on y croisera (et pourra acquérir) des œuvres majeures d’Élisabeth Joulia dont un vase fascinant de 1958 parmi un quinzaine de créations (Oiseau, Boutons de roses, Clé d’Égypte, etc.), d’Yves Mohy avec une grande Lentille, une importante lampe Architecture et une imposante sculpture, de François Raty à travers un monumental bucrane de grès et des Chouettes ayant fait sa réputation, de Norbert Pierlot représenté, en autres pièces, par un spectaculaire vase évoquant une ruche, etc. Georges Jouve (miroir, vase Grande Pomme et vases Cylindre), Jacques et Dani Ruelland (Orgue aux rares et subtils coloris, grand vase lenticulaire, Pyramide), Pol Chambost (Cactus, Corolle, Buste, etc.), Roger Capon (dont une très rare lampe-sculpture A7) Valentine Schlegel (un très grande coupe, une bouteille, plusieurs sculptures), Jean Derval (dont un fameux bas-relief Poissons) enrichissent la vacation.
Jacques Pouchain, Robert Picault ; les frères Cloutier, Robert Deblander, Mado Jolain, Denise Gatard, Albert Diato, Gilbert Valentin, Jacques Sagan, Les 2 Potiers, Les Argonautes, Alice Colonieu, Rémi Bonhert, Antoine de Vinck, Juliette Dérel, Jean et Jacqueline Lerat, etc. seront aussi de la partie, chacun introduit dans cette première session par des pièces de tout premier plan.
Bien entendu, l’attrait de Pascal pour la céramique d’après-guerre ne s’éteindra pas avec ces différentes ventes de La vraie Collection Marziano #1 à #11, mais le partage, à travers ces dispersions, prendra la place qui était jusque-là dévolue au besoin d’acquérir et de collectionner.
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Emmanuel Eyraud
Expert de la vente