
Installé à New York pendant la Première Guerre mondiale, Duchamp s’insère dans le cercle des Arensberg. Les parties d’échecs, souvent nocturnes, rassemblent écrivains, collectionneurs et joueurs de haut niveau. Duchamp s’y distingue par la constance de son engagement : il approfondit la théorie, fréquente le Marshall Chess Club, et se rapproche un temps d’une pratique semi-professionnelle.
La structure abstraite du jeu, le rapport entre logique, anticipation et imagination nourrissent directement sa pratique. Plusieurs œuvres majeures en portent la trace, notamment Chessmen (1918) et Opposition and Sister Squares Are Reconciled (1932), co-écrit avec Vitaly Halberstadt.
Entre En 1943, Duchamp conçoit un jeu d’échecs de poche. L’enjeu est précis : produire un dispositif transportable, où chaque pièce reste en place durant les déplacements. Réalisé notamment en cuir et en celluloïd, ce modèle témoigne d’une attention à l’usage autant qu’à la forme.
L’objet s’inscrit dans une période marquée par l’exil et la mobilité, et affirme la capacité de Duchamp à faire d’un outil du quotidien une proposition artistique.
Cette articulation entre art et jeu se manifeste aussi dans l’exposition The Imagery of Chess, organisée à New York à la Julien Levy Gallery, annoncée pour le 12 décembre 1944.
Duchamp y affirme la place des échecs comme modèle de pensée, où la stratégie rejoint une liberté conceptuelle et une rigueur formelle.