Le vase de la princesse Victoria

 
Vers 1870, la princesse Victoria de Prusse offre à Henri de Triqueti un vase en terre cuite peint représentant « La moisson de la mort » (« Es ist ein Schnitter, der heißt Tod »). Ce présent, en apparence anodin, revêt une dimension symbolique remarquable dans le contexte troublé des relations franco-allemandes.
 

Une princesse entre deux mondes
Fille aînée de la reine Victoria et du prince Albert, la princesse Victoria épouse en 1858 le Kronprinz Frédéric de Prusse, futur Frédéric III d'Allemagne. Installée à Berlin, elle doit composer avec l'ambiance conservatrice et pro-germanique de la cour prussienne, tout en maintenant des liens étroits avec le Royaume-Uni.
Pétrie des idées libérales de son père, la jeune princesse connaît des débuts difficiles. Pour déjouer les accusations d'être une espionne britannique, elle s'investit pleinement dans son rôle de princesse prussienne, notamment en soutenant les troupes allemandes et en organisant les secours aux soldats blessés.

 

Une œuvre aux multiples références
Le décor du vase illustre une chanson populaire du folklore allemand, tirée du recueil « Des Knaben Wunderhorn » publié entre 1806 et 1808 par Achim Von Arnim et Clemens Brentano. Le choix de cette thématique germanique, exécutée en caractères gothiques au début des années 1870, s'inscrit dans un contexte d'exaltation de l'identité allemande.
Cette référence au romantisme allemand pourrait également évoquer la version musicale du compositeur Félix Mendelssohn-Bartholdy, proche du prince Albert, père adoré de la princesse.


Un geste diplomatique après la guerre de 1870
Dans les suites de la guerre franco-prussienne de 1870, ce cadeau de la princesse héritière de Prusse à l'artiste français Henri de Triqueti prend une dimension particulièrement forte. Bien que relevant de la sphère privée et amicale, ce geste témoigne d'une volonté de maintenir des liens artistiques par-delà les tensions nationales. Le thème même du vase, « la moisson de la mort », résonne avec une intensité particulière dans ce contexte de conflit récent.


Une artiste reconnue
La princesse Victoria était elle-même une artiste talentueuse. Formée au dessin et à la peinture dès l'enfance, elle disposait d'un atelier personnel au Nouveau Palais de Potsdam où elle réalisait portraits, céramiques peintes et sculptures. Comme le souligne Ellen Creathorne Clayton en 1876, ses œuvres « ne sont pas seulement de bonnes ressemblances, mais des œuvres d'art tout à fait honorables, témoignant du véritable talent de l'artiste ».

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Date de la vente : 
Jeudi 12 février à 14h
Hôtel Drouot - Salle 9

Exposition publique : 
Mardi 10 février de 11h à 18h,
Mercredi 11 février de 11 h à 18 h
Jeudi 12 février de 11 h à 12 h

Contact : 
d.nordmann@ader-paris.fr
xavier.dominique@ader-paris.fr

Contact presse : 
paul.rocle@ader-paris.fr