Camille SAINT-SAËNS. 52 L.A.S., 2 billets... - Lot 126 - Ader

Lot 126
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Camille SAINT-SAËNS. 52 L.A.S., 2 billets... - Lot 126 - Ader
Camille SAINT-SAËNS. 52 L.A.S., 2 billets autographes et 3 télégrammes, 1918-1921, à Pierre Aguétant (une à Madame) ; 77 pages in-4, 36 pages in-8 et 6 pages in-12, 2 enveloppes, timbres secs à son monogramme, plusieurs en-têtes d’hôtels (petits défauts à quelques lettres, une déchirée et réparée).
Importante correspondance amicale à un jeune poète, en partie inédite, avec de précieuses confidences, pendant les quatre dernières années de sa vie.
Pierre Aguétant (1890-1940), jeune poète originaire du Bugey, a envoyé en 1918 à Saint-Saëns ses premiers recueils avec « l’idée fixe, lancinante, de voir quelques-unes de [s]es lignes inégales mises en musique par l’illustre compositeur ». Ainsi naquit cette amitié quasi paternelle envers le jeune poète ; le compositeur mit deux poèmes d’Aguétant en musique, et il écrivit une lettre-préface pour son recueil À fleur de chair (1919).
En 1938, chez Alsatia, Pierre Aguétant publia un Saint-Saëns par lui-même, formé de nombreux extraits des lettres qu’il avait reçues et de ses entretiens avec le maître, ordonnés, non chronologiquement mais thématiquement : une même lettre peut être ainsi répartie en deux, trois voire cinq citations, en diverses parties du livre ; parfois, il ne retient que deux courts passages d’une lettre, laissant le reste inédit ; et trois des chapitres prévus sont restés inédits, dont un sur la religion. Aguétant a noté d’un léger trait au crayon sur les lettres les passages à citer. Une trentaine de lettres citées dans le livre n’ont pas été retrouvées. Nous ne pouvons donner ici qu’un aperçu de cette très belle correspondance.
1918. – Cannes 14 avril. « Modestes vers... grand honneur... notre plus illustre musicien… […] Ce n’est pas à un jeune homme de 82 ans qu’il faut dire ces choses-là. À mon âge, voyez-vous, on en a tant vu qu’on ne se laisse pas faire facilement... On me touche plus aisément par la simplicité. En somme, vous avez beaucoup de talent, vous êtes charmant et vous avez l’art, qui m’a toujours manqué, de savoir tresser des guirlandes. Celles-ci me sont indifférentes, mais je ne suis insensible ni au talent, ni à l’amabilité. Qu’importe si certains détails ne sont pas de mon goût ! Devant de si ravissantes, de si belles choses même, je n’ai qu’à m’incliner. Comme nature, je me rapprocherais plutôt de Clemenceau que de Massenet. Je ne le regrette pas. Et si l’on dit que j’ai mauvais caractère, je vous assure que ça m’est bien égal. Prenez-moi donc tel que je suis »... Citant notamment Le Poème du Bugey, il dit au poète son admiration et sa sympathie… – 18 avril. Il lit La Tour d’ivoire qui fait ses délices, « par la justesse et la finesse des pensées, par la beauté de leur expression. Que vous faut-il de plus ? que j’embrasse vos genoux, comme Priam ceux d’Achille ? La vieillesse est si peu de chose auprès de la jeunesse et de la poésie ! Vous les possédez avec tous leurs dons et leurs adorables défauts. À mon âge on n’a plus que des défauts qui n’ont rien d’adorable »... Il pense mettre en musique L’Angélus… – 1er mai. Il envoie les deux mélodies [L’Angélus et Où nous avons aimé] en recommandant de ne pas les laisser copier, car elles appartiennent à « la maison Durand, qui s’est assurée par un traité la possession de mes œuvres. Dans les compositions de ce genre, les vers ne sont pas pour moi un prétexte à musique ; je suis comme le lapidaire qui monte un diamant et rien de plus. Il s’ensuit que ces pièces demandent à être dites autant que chantées et n’ont aucune valeur, séparées du texte. Aussi ont-elles tout à perdre, quand elles sont interprétées par des chanteurs, comme il y en a tant maintenant, qui ne pensent qu’au son et pas au mot, et ne font pas arriver celui-ci à l’oreille de l’auditeur ». Pour ces morceaux, « la diction passe avant la voix ; avec une belle voix et pas de diction, il n’en resterait rien »... – 4 mai. Il engage son poète à « renoncer à suivre l’exemple pernicieux des poètes qui ne voient que l’harmonie du vers et dédaignent les qualités que vous avez énoncées, telle Mme de Noailles, tel Mallarmé qui en était arrivé à ne plus parler français » ; et il cite l’exemple de Victor Hugo comme grand poète…. – 9 mai. Leçon de prosodie sur ée et é, et « les finesses de la langue française » ; car c’est une barbarie de « dire les vers comme de la prose »… – 13 mai. « Quand on dit ce qu’on pense, on a vingt chances contre une de n’obtenir d’autre résultat que de se faire un ennemi ; mais cette chance unique de réussir crée pour moi un devoir auquel je ne manque jamais sans m’en dissimuler les inconvénients et sachant parfaitement le tort que je me fais à moi-même. […] Quand je fais des compliments, on peut les prendre au sérieux. Comme j’ai été un enfant prodige, ma mère avait une peur affreuse des adulations et m’avait dès l’abord mis en garde contre leur fausseté ; et je n’ai jamais cru les compliments que sous bénéfice d’inventaire. Je préférais les critiques, et bien m’en a pris »... – 15 mai. Il repr
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