Jules DUMONT D’URVILLE. L.A.S., Rade de Toulon,... - Lot 315 - Ader

Lot 315
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Jules DUMONT D’URVILLE. L.A.S., Rade de Toulon,... - Lot 315 - Ader
Jules DUMONT D’URVILLE. L.A.S., Rade de Toulon, à bord du Suffren, 5 avril 1811, à sa cousine et amour de jeunesse Louise de Croisilles ; 4 pages in-4, remplies d’une petite écriture serrée.

Magnifique et longue lettre racontant son premier combat naval, et sur sa vie de marin. Il exprime toute sa joie puisque les sentiments de Louise rejoignent enfin les siens. Puis il évoque sa vie de marin. « Depuis la dernière fois que je t’ai écrit, nous avons eu avec l’escadre ennemie une petite escarmouche dont tu apprendras peut être avec plaisir les détails. Ayant appris que deux de nos frégates l’Amélie et l’Adrienne venant de Gênes faisaient route pour Toulon, notre général nous fit appareiller au nombre de 13 vaisseaux et une frégate pour favoriser leur entrée et les soutenir contre les attaques de l’ennemi qui pouvait facilement leur couper le passage. Nous avions mis à la voile à 9 h ½, à 10 h nous aperçûmes nos frégates ; nous nous trouvions alors à deux lieues de l’escadre ennemie forte de 14 bâtimens outre cinq autres à cinq à six lieues de distance. Un de leurs vaisseaux avancés menaçait de couper la route à nos frégates, mais un des nôtres qui se trouva à bonne portée de lui, lui en imposa et le fit virer de bord. À 11 heures, les frégates nous avaient rallié, alors la tête de l’ennemi se trouva à portée de nous.
Le feu commença par nos frégates, il y eut plusieurs bordées d’envoyées par les vaisseaux avancés de part et d’autre. Mais enfin au moment que nous allions aussi commencer à faire feu, l’Anglais quittant ce caractère d’audace et même d’impudence qui le caractérise sur mer, nous abandonna, reprit le large et nous laissa tranquillement rentrer en bon ordre. Il est certain que si l’Anglais eût voulu, cette affaire eût pu devenir très sanglante et peut-être décisive, mais quoi qu’il y ait eu près de 800 coups de canon tirés de part et d’autre, les bâtimens des deux partis en ont été quittes pour de légères avaries. Du moins les Français n’ont eu personne même de blessé. Je veux te faire part d’une réflexion qui alors m’a singulièrement frappé. Au milieu du fracas du canon qui grondait déjà de tous côtés, parmi les sinistres apprêts du combat, malgré tous mes efforts pour conserver le sang-froid nécessaire pour faire exécuter les ordres convenables à la circonstance, je ne pouvais me défendre d’un sentiment secret de joie, d’une sorte d’allégresse dont je n’étais pas maître. Cette position d’esprit m’étonna, m’affligea même, car je ne me croyais pas fait pour les scènes de sang et de carnage. Peut-être aussi aurais-je changé d’idée si le combat eût été poussé plus loin »... En relisant les lettres de Louise, il se remémore leur ancienne complicité, les promenades champêtres qu’ils entamaient ensemble sur les hauteurs de Lalandelle. « Un moment je me suis encore cru à tes côtés, puis tu marchais devant moi et je suivais des yeux les plis ondoyans de ta robe, tu me précédais dans ce chemin étroit et fangeux [...] enfin sortis de ces endroits ici bourbeux, ailleurs saboteux, nous gravissons ensemble la hauteur en approchant de l’église et découvrons entièrement Lalandelle. Te rappelles-tu nos souhaits de fortune et nos projets sur le château [...]. Mon plus grand bonheur, ma folie même est de descendre à terre loin de la ville, sur une plage qui s’avance dans la mer en forme de presqu’île, de monter sur la hauteur, et de m’asseoir sur une roche escarpée. Là, loin de toute habitation, tranquille et dégagé de toute distraction, je me livre à loisir à mes réflexions. Tantôt plongé dans une profonde rêverie, je passe en revue le temps passé près de toi et les diverses époques qui y ont rapport : tantôt je relis attentivement chacune de tes lettres l’une après l’autre et je finis toujours par m’attendrir insensiblement [...] Mes camarades trompés attribuent mon amour pour la solitude à la misanthropie et à la passion de l’étude. Ils sont persuadés que l’indifférence que j’affecte pour les femmes, je l’étends sans restriction sur le sexe entier. Je les laisse dans leur erreur et m’évite des plaisanteries qu’ils ne manqueraient pas d’ajouter à celles que m’attirent d’ailleurs ma manière de penser et ma conduite. J’ai cependant réussi, chose assez difficile, à m’attirer généralement leur amitié sans suivre leurs goûts : je crois même pouvoir assurer qu’il n’est personne à bord depuis le commandant jusqu’au dernier des matelots, qui ne me veuille sincèrement du bien ». Il raconte longuement le souvenir qui a fait naître sa passion pour elle, lorsqu’il s’était blessé au pied le long d’une rivière et qu’elle le soigna et voulut le retenir chez elle... « Je vais terminer ici mon épître, depuis longtemps mes camarades endormis autour de moi m’avertissent que je dois en faire autant, il est près d’une heure et demie, j’ai passé une partie de la nuit à t’écrire sans même m’en apercevoir. L’on entend plus que le bruit silencieux du pas des sentinelles qui se promènent sur le pont mêlé à celui des vagues »...
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