Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) La Vache enragée. Affiche. 1896. Lithographie. [595 x 820]. Delteil 364 ; Wittrock P27. Impression en couleurs. Belle épreuve sur vélin mince ivoire, anciennement entoilée. Petit manque et salissures grisâtres au bord supérieur du feuillet. Autres larges manques irréguliers dans l’angle inférieur gauche, affectant le bas de la jambe du personnage. Déchirure de 40 mm au bord droit vers le centre. Quelques rousseurs et taches éparses. Traces de colles aux bords du feuillet au verso. La « Promenade de la Vache enragée » ou « Vachalcade » est un cortège carnavalesque de Montmartre organisé en 1896 et 1897 par les artistes et par les Montmartrois en réponse aux grands cortèges du Bœuf Gras qui défilent ces années-là. « Le Montmartre des cabarets inaugure une multitude de manifestations charivariques tout autant qu’une sociabilité de cabarets. Ces derniers sont souvent les points de départs de cortèges anarchisants qui parcourent nuitamment la Butte, dans le but d’attirer les sergents de ville tandis que s’effectuent plus discrètement nombre de déménagements à la cloche de bois. […] Qu’est-ce précisément qu’une «Vachalcade» ? C’est une cavalcade charivarique en dérision de cette «Vache enragée» qui incarne la misère des bohèmes et artistes pauvres, en même temps qu’une référence au roman éponyme de Goudeau, patriarche des anciens Hydropathes, bref, une antithèse aux grands défilés du «Bœuf Gras» des Grands Boulevards. […] Un animal, efflanqué et furieux, est revendiqué comme l’emblème de la misère des artistes ainsi que de la rage qui les anime, de la faim qui les rend enragés à l’instar de cette vache qu’on tire par la queue pour joindre les deux bouts, sur les steaks de laquelle on se brise les dents et que l’on n’attendrit que par l’éther et l’absinthe. La fête se compose d’un cortège, d’une tombola et d’un concert au Moulin Rouge au profit de «la fondation d’une caisse de secours pour les artistes malheureux de Montmartre». Cette dimension caritative est essentielle pour les dessinateurs, qui ont très mal vécu la mort misérable de certains d’entre eux […] Un journal est évidemment fondé pour l’occasion, dirigé par l’ex-lutteur Roedel. On y lit les souvenirs d’Émile Zola, d’Anatole France ou de Henri Rochefort sur leur fréquentation de la vache enragée. Rodin fera un passage dans le cortège, estimé à 450 bénévoles autour des satiristes eux-mêmes. Le mot de la fin revient à Willette qui remercie les participants dont le concours dévoué a permis de mener à bien une tâche difficile, celle de prendre la vache enragée par les cornes et de la présenter à son peuple de Montmartre ». Note : « Ce périodique se présente en format 30 × 40 cm. La périodicité devait être trimestrielle «au moment des termes, autrement dit quatre fois par an» (Vache Enragée, n° 1, p. 3), ce qui souligne encore la proximité de la manifestation avec le problème des mal logés. […] Il a été jusqu’ici impossible de trouver autre trace que les deux numéros réalisés à l’occasion de chacune des deux processions, en 1896 et 1897. » (Laurent Bihl, « L’Armée du chahut : les deux Vachalcades de 1896 et 1897 », Sociétés & Représentations 2009/1 (n° 27), p. 167-191).
Estimation
4 000 € - 5 000 €
Résultat
6 400 €
Frais de vente
28%
Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901)
La Vache enragée. Affiche. 1896. Lithographie. [595 x 820]. Delteil 364 ; Wittrock P27. Impression en couleurs. Belle épreuve sur vélin mince ivoire, anciennement entoilée. Petit manque et salissures grisâtres au bord supérieur du feuillet. Autres larges manques irréguliers dans l’angle inférieur gauche, affectant le bas de la jambe du personnage. Déchirure de 40 mm au bord droit vers le centre. Quelques rousseurs et taches éparses. Traces de colles aux bords du feuillet au verso.
La « Promenade de la Vache enragée » ou « Vachalcade » est un cortège carnavalesque de Montmartre organisé en 1896 et 1897 par les artistes et par les Montmartrois en réponse aux grands cortèges du Bœuf Gras qui défilent ces années-là.
« Le Montmartre des cabarets inaugure une multitude de manifestations charivariques tout autant qu’une sociabilité de cabarets. Ces derniers sont souvent les points de départs de cortèges anarchisants qui parcourent nuitamment la Butte, dans le but d’attirer les sergents de ville tandis que s’effectuent plus discrètement nombre de déménagements à la cloche de bois. […]
Qu’est-ce précisément qu’une «Vachalcade» ? C’est une cavalcade charivarique en dérision de cette «Vache enragée» qui incarne la misère des bohèmes et artistes pauvres, en même temps qu’une référence au roman éponyme de Goudeau, patriarche des anciens Hydropathes, bref, une antithèse aux grands défilés du «Bœuf Gras» des Grands Boulevards. […] Un animal, efflanqué et furieux, est revendiqué comme l’emblème de la misère des artistes ainsi que de la rage qui les anime, de la faim qui les rend enragés à l’instar de cette vache qu’on tire par la queue pour joindre les deux bouts, sur les steaks de laquelle on se brise les dents et que l’on n’attendrit que par l’éther et l’absinthe. La fête se compose d’un cortège, d’une tombola et d’un concert au Moulin Rouge au profit de «la fondation d’une caisse de secours pour les artistes malheureux de Montmartre». Cette dimension caritative est essentielle pour les dessinateurs, qui ont très mal vécu la mort misérable de certains d’entre eux […]
Un journal est évidemment fondé pour l’occasion, dirigé par l’ex-lutteur Roedel. On y lit les souvenirs d’Émile Zola, d’Anatole France ou de Henri Rochefort sur leur fréquentation de la vache enragée. Rodin fera un passage dans le cortège, estimé à 450 bénévoles autour des satiristes eux-mêmes.
Le mot de la fin revient à Willette qui remercie les participants dont le concours dévoué a permis de mener à bien une tâche difficile, celle de prendre la vache enragée par les cornes et de la présenter à son peuple de Montmartre ». Note : « Ce périodique se présente en format 30 × 40 cm. La périodicité devait être trimestrielle «au moment des termes, autrement dit quatre fois par an» (Vache Enragée, n° 1, p. 3), ce qui souligne encore la proximité de la manifestation avec le problème des mal logés. […] Il a été jusqu’ici impossible de trouver autre trace que les deux numéros réalisés à l’occasion de chacune des deux processions, en 1896 et 1897. » (Laurent Bihl, « L’Armée du chahut : les deux Vachalcades de 1896 et 1897 », Sociétés & Représentations 2009/1 (n° 27), p. 167-191).
Vente
jeudi 12 mai 2022・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir
3, rue Favart
75002 Paris