Émile ZOLA. Manuscrit autographe signé, Sedan, [1891]; 17 pages et demie petit in-4 (20,5 x 15,5 cm) découpées pour l’impression et recollées, montées sur onglets et reliées en un vol. demi-maroquin grenat à coins (Conil-Septier). Important article sur le désastre de Sedan et la défaite de 1870, au retour d’un voyage de documentation à Sedan pour son roman La Débâcle. Pour préparer son roman La Débâcle, avant-dernier volume de la fresque des Rougon-Macquart (1892). Zola s’est rendu à Sedan et sur les champs de bataille du 17 au 26 avril 1891. Au retour, à la date anniversaire du désastre de Sedan, il a publié dans le Figaro, le 1er septembre 1891, cet article, réflexion historique qui annonce l’esprit du roman. Le manuscrit, à l’encre noire, présente des ratures et corrections; il a été découpé pour l’impression, puis remonté. L’article, publié à la «une» du Figaro, était précédé de ce chapeau: «Il est difficile de dire quelque chose de nouveau sur Sedan. Mais il nous a paru intéressant de demander à M. Émile Zola, qui a parcouru tous les champs de bataille de 1870 pour recueillir des documents en vue de son livre sur la guerre, de nous donner son impression sur cette date néfaste.» Zola commence: «C’est la date terrible. Il semblait qu’un pareil désastre ne s’était jamais abattu sur une nation. Depuis vingt ans, le souvenir n’en a pu être évoqué sans qu’une angoisse serrât les cœurs, dans un intolérable sentiment de honte et de colère. Et, maintenant, au fond de cette amertume affreuse, il y a une sensation de souffrance salutaire, de virile guérison. Je l’ai éprouvée là-bas, à Sedan, pendant les journées que j’ai vécues sur le champ de bataille; je crois la retrouver à cette heure, dans toutes les poitrines, cette régénération par la douleur, née de l’excès même de nos revers; et je voudrais, à la date noire, dire toute la lumière qui en a jailli, tout ce qui a germé dans le champ de nos ruines. Oui, il y a eu là un bain de sang nécessaire. La leçon, à cette heure, apparaît effroyable et profitable. Il ne restait peut-être que ce soufflet à notre orgueil, que cette saignée à nos veines, pour nous refaire une santé.» Pour Zola, la défaite était inévitable. «Depuis bientôt une année que je suis enfoncé dans les documents de l’époque, tout ce que je lis, tout ce qu’on me raconte aboutit à l’écrasement forcé, mathématique de nos armées». Plus que les immenses fautes commises, «à la source profonde et cachée où naissent les faits de l’Histoire, il y a les causes premières, physiologiques et psychologiques, qui décident de l’existence d’une nation. Si nos sept corps d’armée étaient disséminés de Metz à Belfort, dans une telle confusion qu’ils ne pouvaient prendre l’offensive; si Mac-Mahon s’est laissé battre à Froeschwiller, ignorant de l’ennemi qui l’attaquait, perdant la partie, au point d’en être balayé d’un coup jusqu’à Châlons; si, plus tard, au lieu d’attendre sagement les Prussiens sous Paris, comme tout le monde et lui- même le voulaient, il finit par obéir à la poussée folle qui devait le jeter à Sedan; si, de son côté, Bazaine s’entêta devant Metz, d’abord peut-être par aveuglement et incapacité, ensuite dans un but resté obscur: tous ces faits, il faut bien le constater, ces faits imbéciles et accumulés comme à plaisir n’étaient pas des fautes individuelles, dues simplement à des généraux malheureux, à des personnalités médiocres ou ambitieuses, mais bien des sottises, des crimes de lèse-patrie, commis par la nation entière, et où chacun de nous avait sa part de responsabilité. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune honte à faire cet examen de conscience. En face de l’Allemagne, toute frémissante de sa victoire sur l’Autriche, rajeunie par son élan irrésistible vers l’unité, ayant à sa tête des hommes instruits et sages, prête à se lever tout entière au premier appel, la France était comme pourrie à sa base par son immobilité dans l’orgueil de sa légende guerrière»... Et si l’Empire a aggravé le désastre, Zola pointe d’autres causes plus anciennes, l’inadaptation stratégique des chefs, le matériel insuffisant, «les troupes gâtées par le remplacement à prix d’argent» et indisciplinées, «incapables de la victoire». Et il en tire cette leçon: «un peuple, pour vaincre, doit être à la tête des peuples, je veux dire qu’il doit être la science, la santé, le génie de son temps. Nous avions oublié cela, nous nous étions laissé devancer, vivant dans la vaniteuse confiance de notre vieille gloire. Et voilà comment la France, qui avait promené ses drapeaux victorieux par toutes les capitales de l’Europe, quand elle était la force et l’intelligence, a failli mourir de la routine et de la sottise, dans la basse-fosse de Sedan. Quel drame, ce désa
Estimation
8 000 € - 10 000 €
Résultat
10 140 €
Frais de vente
30%
Émile ZOLA. Manuscrit autographe signé, Sedan, [1891]; 17 pages et demie petit in-4 (20,5 x 15,5 cm) découpées pour l’impression et recollées, montées sur onglets et reliées en un vol. demi-maroquin grenat à coins (Conil-Septier).
Important article sur le désastre de Sedan et la défaite de 1870, au retour d’un voyage de documentation à Sedan pour son roman La Débâcle.
Pour préparer son roman La Débâcle, avant-dernier volume de la fresque des Rougon-Macquart (1892). Zola s’est rendu à Sedan et sur les champs de bataille du 17 au 26 avril 1891. Au retour, à la date anniversaire du désastre de Sedan, il a publié dans le Figaro, le 1er septembre 1891, cet article, réflexion historique qui annonce l’esprit du roman.
Le manuscrit, à l’encre noire, présente des ratures et corrections; il a été découpé pour l’impression, puis remonté.
L’article, publié à la «une» du Figaro, était précédé de ce chapeau: «Il est difficile de dire quelque chose de nouveau sur Sedan. Mais il nous a paru intéressant de demander à M. Émile Zola, qui a parcouru tous les champs de bataille de 1870 pour recueillir des documents en vue de son livre sur la guerre, de nous donner son impression sur cette date néfaste.»
Zola commence: «C’est la date terrible. Il semblait qu’un pareil désastre ne s’était jamais abattu sur une nation. Depuis vingt ans, le souvenir n’en a pu être évoqué sans qu’une angoisse serrât les cœurs, dans un intolérable sentiment de honte et de colère. Et, maintenant, au fond de cette amertume affreuse, il y a une sensation de souffrance salutaire, de virile guérison. Je l’ai éprouvée là-bas, à Sedan, pendant les journées que j’ai vécues sur le champ de bataille; je crois la retrouver à cette heure, dans toutes les poitrines, cette régénération par la douleur, née de l’excès même de nos revers; et je voudrais, à la date noire, dire toute la lumière qui en a jailli, tout ce qui a germé dans le champ de nos ruines. Oui, il y a eu là un bain de sang nécessaire. La leçon, à cette heure, apparaît effroyable et profitable. Il ne restait peut-être que ce soufflet à notre orgueil, que cette saignée à nos veines, pour nous refaire une santé.»
Pour Zola, la défaite était inévitable. «Depuis bientôt une année que je suis enfoncé dans les documents de l’époque, tout ce que je lis, tout ce qu’on me raconte aboutit à l’écrasement forcé, mathématique de nos armées». Plus que les immenses fautes commises, «à la source profonde et cachée où naissent les faits de l’Histoire, il y a les causes premières, physiologiques et psychologiques, qui décident de l’existence d’une nation. Si nos sept corps d’armée étaient disséminés de Metz à Belfort, dans une telle confusion qu’ils ne pouvaient prendre l’offensive; si Mac-Mahon s’est laissé battre à Froeschwiller, ignorant de l’ennemi qui l’attaquait, perdant la partie, au point d’en être balayé d’un coup jusqu’à Châlons; si, plus tard, au lieu d’attendre sagement les Prussiens sous Paris, comme tout le monde et lui- même le voulaient, il finit par obéir à la poussée folle qui devait le jeter à Sedan; si, de son côté, Bazaine s’entêta devant Metz, d’abord peut-être par aveuglement et incapacité, ensuite dans un but resté obscur: tous ces faits, il faut bien le constater, ces faits imbéciles et accumulés comme à plaisir n’étaient pas des fautes individuelles, dues simplement à des généraux malheureux, à des personnalités médiocres ou ambitieuses, mais bien des sottises, des crimes de lèse-patrie, commis par la nation entière, et où chacun de nous avait sa part de responsabilité. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune honte à faire cet examen de conscience. En face de l’Allemagne, toute frémissante de sa victoire sur l’Autriche, rajeunie par son élan irrésistible vers l’unité, ayant à sa tête des hommes instruits et sages, prête à se lever tout entière au premier appel, la France était comme pourrie à sa base par son immobilité dans l’orgueil de sa légende guerrière»... Et si l’Empire a aggravé le désastre, Zola pointe d’autres causes plus anciennes, l’inadaptation stratégique des chefs, le matériel insuffisant, «les troupes gâtées par le remplacement à prix d’argent» et indisciplinées, «incapables de la victoire». Et il en tire cette leçon: «un peuple, pour vaincre, doit être à la tête des peuples, je veux dire qu’il doit être la science, la santé, le génie de son temps. Nous avions oublié cela, nous nous étions laissé devancer, vivant dans la vaniteuse confiance de notre vieille gloire. Et voilà comment la France, qui avait promené ses drapeaux victorieux par toutes les capitales de l’Europe, quand elle était la force et l’intelligence, a failli mourir de la routine et de la sottise, dans la basse-fosse de Sedan. Quel drame, ce désa
Vente
lundi 17 juin 2024・14:00 (Europe/Paris)
Lieu de vente à venir
3, rue Favart
75002 Paris