Salomon REINACH (1858-1932) 76 L.A.S., 1911-1932 et s.d., à Marie Lee Childe, née Sartiges ; environ 150 pages in-8, la plupart à ses adresses ou à en-tête du Musée de St Germain, nombreuses enveloppes. Importante correspondance à la veuve (et seconde femme) d’Edward Lee Childe (mort le 29 janvier 1911). Nous n’en donnerons que quelques brèves citations. Le début de la correspondance est consacré à la préparation du livre Quelques correspondants de Mr. et Mrs. Childe et de Edward Lee Childe (corrections, format, tirage, etc.), Reinach évoquant souvent le souvenir de «la femme incomparable dont je porte en moi le deuil éternel», ainsi que celui d’Edward. Reinach parle de ses «petits livres» Cornélie et Eulalie, et de ses travaux scientifiques; ainsi, en vacances à Wiesbaden (17 août 1917): «J’ai trouvé moyen de composer, de classer et de recopier […] un index de 13000 fiches, qui remplit 180 pages […] C’est l’index des trois volumes (dont deux prêts à paraître) où j’ai réuni les reliefs grecs et romains»… Il évoque avec humour son «travail sur les seins»… Il commente la controverse sur les fouilles de Glozel: «La bataille de Glozel continue et des gens à la fois savants et estimables, aveuglés par l’amour-propre et la folle envie d’avoir raison malgré tout, accumulent les mauvais arguments et même les mauvais procédés. […] Le public s’amuse et les bonnets de docteur prennent à ses yeux des formes plus familières de bonnets d’âne. Ce qui m’afflige dans tout cela, comme dans la Grande Affaire d’autrefois [Dreyfus], si semblable à bien des égards, c’est de constater avec quelle facilité on ment pour ne pas s’incliner devant l’évidence»… Le 21 novembre 1912, il transmet une l.a.s. (jointe) de Bernard Berenson, au sujet d’un dessin attribué à Raphaël de la collection Triqueti, et un fait un dessin à la mine de plomb au dos de la lettre. En avril 1914, il quitte la rue de Traktir pour s’installer à Boulogne. En 1924, explications sur les mots comediante tragediante adressés, selon Vigny, par Pie VII à Bonaparte. En 1926-1927, il donne des renseignements sur Mérimée Considérations philosophiques sur la religion: «Si la religion n’avait pas rendu d’immenses services, elle n’aurait pas subsisté si longtemps. Si elle n’enveloppait pas un fonds de vérité, sa durée ne s’expliquerait pas davantage. […] La religion est la forme, non encore scientifique, de toutes les curiosités, de toutes les impulsions de l’humaine nature; avec le temps, elle se laïcise et se transforme en philosophie et en science exacte, comme l’astrologie devient l’astronomie et l’alchimie la chimie. J’ai écrit et je crois que les religions dureront encore très longtemps, parce que l’œuvre de la science n’est, en somme, qu’à ses débuts; mais je ne crois pas que la religion, la philosophie et la science puissent coexister aujourd’hui dans une même âme»… En août 1914, c’est la guerre: «je ne me dissimule pas la puissance énorme de la machine mise en mouvement pour nous écraser, et la lenteur de la Russie, bien que prévue et inévitable, me donne parfois le frisson. Je voudrais tant pouvoir obtenir une intervention énergique des États-Unis; dès le 1er août, j’ai écrit là-bas tout ce que je pouvais, alléguant le devoir pour des hommes sensés d’arrêter les fous ou de leur faire peur de leur folie. […] je compte encore sur quelques paroles énergiques de là-bas pour mettre un terme à la plus effroyable boucherie de l’histoire»… Le 13 septembre 1923, il s’inquiète longuement de la situation en Allemagne et de la misère du peuple: «Tout le pays a été drainé et ruiné à plaisir au profit de quelques milliers – peut-être quelques dizaines de milliers – de familles qui ont déjà mis leur butin en sûreté, tandis que la bourgeoisie et une partie du peuple qui meurent de faim, se consolent en répétant que la France, la question des réparations, l’occupation de la Rhénanie et de la Ruhr, sont la cause unique de leur détresse»… Etc. On joint une carte de visite a.s. et des coupures de presse. Provenance : château du Perthuis.
Estimation
2 000 € - 2 500 €
Résultat
2 638 €
Frais de vente
30%
Salomon REINACH (1858-1932)
76 L.A.S., 1911-1932 et s.d., à Marie Lee Childe, née Sartiges ; environ 150 pages in-8, la plupart à ses adresses ou à en-tête du Musée de St Germain, nombreuses enveloppes.
Importante correspondance à la veuve (et seconde femme) d’Edward Lee Childe (mort le 29 janvier 1911). Nous n’en donnerons que quelques brèves citations.
Le début de la correspondance est consacré à la préparation du livre Quelques correspondants de Mr. et Mrs. Childe et de Edward Lee Childe (corrections, format, tirage, etc.), Reinach évoquant souvent le souvenir de «la femme incomparable dont je porte en moi le deuil éternel», ainsi que celui d’Edward.
Reinach parle de ses «petits livres» Cornélie et Eulalie, et de ses travaux scientifiques; ainsi, en vacances à Wiesbaden (17 août 1917): «J’ai trouvé moyen de composer, de classer et de recopier […] un index de 13000 fiches, qui remplit 180 pages […] C’est l’index des trois volumes (dont deux prêts à paraître) où j’ai réuni les reliefs grecs et romains»… Il évoque avec humour son «travail sur les seins»… Il commente la controverse sur les fouilles de Glozel: «La bataille de Glozel continue et des gens à la fois savants et estimables, aveuglés par l’amour-propre et la folle envie d’avoir raison malgré tout, accumulent les mauvais arguments et même les mauvais procédés. […] Le public s’amuse et les bonnets de docteur prennent à ses yeux des formes plus familières de bonnets d’âne. Ce qui m’afflige dans tout cela, comme dans la Grande Affaire d’autrefois [Dreyfus], si semblable à bien des égards, c’est de constater avec quelle facilité on ment pour ne pas s’incliner devant l’évidence»…
Le 21 novembre 1912, il transmet une l.a.s. (jointe) de Bernard Berenson, au sujet d’un dessin attribué à Raphaël de la collection Triqueti, et un fait un dessin à la mine de plomb au dos de la lettre. En avril 1914, il quitte la rue de Traktir pour s’installer à Boulogne. En 1924, explications sur les mots comediante tragediante adressés, selon Vigny, par Pie VII à Bonaparte. En 1926-1927, il donne des renseignements sur Mérimée
Considérations philosophiques sur la religion: «Si la religion n’avait pas rendu d’immenses services, elle n’aurait pas subsisté si longtemps. Si elle n’enveloppait pas un fonds de vérité, sa durée ne s’expliquerait pas davantage. […] La religion est la forme, non encore scientifique, de toutes les curiosités, de toutes les impulsions de l’humaine nature; avec le temps, elle se laïcise et se transforme en philosophie et en science exacte, comme l’astrologie devient l’astronomie et l’alchimie la chimie. J’ai écrit et je crois que les religions dureront encore très longtemps, parce que l’œuvre de la science n’est, en somme, qu’à ses débuts; mais je ne crois pas que la religion, la philosophie et la science puissent coexister aujourd’hui dans une même âme»…
En août 1914, c’est la guerre: «je ne me dissimule pas la puissance énorme de la machine mise en mouvement pour nous écraser, et la lenteur de la Russie, bien que prévue et inévitable, me donne parfois le frisson. Je voudrais tant pouvoir obtenir une intervention énergique des États-Unis; dès le 1er août, j’ai écrit là-bas tout ce que je pouvais, alléguant le devoir pour des hommes sensés d’arrêter les fous ou de leur faire peur de leur folie. […] je compte encore sur quelques paroles énergiques de là-bas pour mettre un terme à la plus effroyable boucherie de l’histoire»… Le 13 septembre 1923, il s’inquiète longuement de la situation en Allemagne et de la misère du peuple: «Tout le pays a été drainé et ruiné à plaisir au profit de quelques milliers – peut-être quelques dizaines de milliers – de familles qui ont déjà mis leur butin en sûreté, tandis que la bourgeoisie et une partie du peuple qui meurent de faim, se consolent en répétant que la France, la question des réparations, l’occupation de la Rhénanie et de la Ruhr, sont la cause unique de leur détresse»… Etc.
On joint une carte de visite a.s. et des coupures de presse.
Provenance : château du Perthuis.
Vente
jeudi 12 février・14:00 (Europe/Paris)
Salle 9 - Hôtel Drouot
9, rue Drouot
75009 Paris