Karl MARX. L.A.S., Londres 11 février 1873,...

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Karl MARX. L.A.S., Londres 11 février 1873,...

Karl MARX. L.A.S., Londres 11 février 1873, au « Cher citoyen » [Maurice Lachâtre] ; 2 pages ¾ in-8 remplies d’une petite écriture serrée ; en français.

Longue et intéressante lettre commentant l’œuvre d’Eugène Sue, son travail sur le texte français du Capital, et la situation politique en France.
Il a reçu l’introduction de Lachâtre au volume VIII d’Eugène Sue [Les Mystères de Paris, Les Docks de la Librairie, t. VIII, 1873] qui l’a « beaucoup intéressé », mais il n’en dira pas plus : « je suis tellement surchargé de travail dans ce moment que je ne trouve pas même le temps de faire les promenades quotidiennes que mon médecin m’a prescrites et dont ma santé très ébranlée aurait besoin. […] J’ai toujours eu une grande prédilection pour Eugène Sue, et pour les romans de sa première période, distingués par leur originalité, et pour ses romans socialistes. Quant aux Enfants trouvés, il m’a toujours paru avoir mieux saisi la lutte des classes, la base réelle du socialisme, que les socialistes en titre de son époque. Quant à son dernière œuvre je n’en peux juger parce que je n’en ai eu que la première livraison. Mais il est infecté comme le socialisme français de son époque de sentimentalisme. Il y mêle du spiritisme que je déteste. Comme tous les romanciers et artistes, ce n’est pas la classe ouvrière proprement dite, mais cette dernière couche de la société française qu’on appelle “les classes dangereuses”, d’où il tire ses héros et ses tableaux. Sa manière de faire la critique de la société et ses plans d’amélioration j’ai critiqué, à l’occasion des Mystères de Paris, même assez vigoureusement dans un livre allemand [Die heilige Familie, oder Kritik der kritischen Kritik] que j’ai publié en 1845, pendant mon séjour à Paris. Et la règle absolue pour moi, c’est de dire ce que je pense sans vernis ».
Il rappelle à Lachâtre qu’il a déjà l’adresse d’Engels, « parce que vous m’écrivez toujours par son intermédiaire », puis il conteste ses explications sur les délais de l’imprimeur Lahure¸ dont il s’est expliqué avec Lahure et Vernouillet : « je vous dirai tout franchement que tous mes amis français à Londres croyaient qu’il y avait des raisons cachées, politiques ou autres, qui faisaient retarder la publication. Du reste, pour ma part, j’étais toujours convaincu que votre absence forcée de Paris donnerait lieu à quelques irrégularités ».
Il en vient à la traduction de Joseph Roy : « J’ai toujours fait valoir vis-à-vis de mes amis français que vous étiez le premier à apprécier justement la valeur de la traduction. J’étais induit en erreur d’abord par les éloges qu’on me faisait de la traduction de Feuerbach (ce qui du reste s’explique : Feuerbach avait été avant Roy traduit par Everbeck, et il est beaucoup plus facile à travailler sur une telle base) ; en deuxième lieu, par cette circonstance que le commencement du premier chapitre (p. 14, 15) était bien traduit. Enfin je prenais en considération les difficultés réelles que le premier chapitre offre. Cependant il est très sûr que si j’avais prévu les délais de la première publication, j’aurais pris mes précautions. Maintenant, il est trop tard de changer, il faut aller jusqu’au bout. Seulement, je corrige plus radicalement le manuscrit et c’est ce pourquoi il faut moins de corrections dans les épreuves. Quant aux corrections purement typographiques, elles ne se font pas assez soigneusement dans l’imprimerie ».
Il s’inquiète des « choses d’Espagne » qui « s’embrouillent de plus en plus », puis ajoute un long post-scriptum sur la situation politique en France : « A Versailles ce sont des tempêtes dans un verre d’eau. Les singeries, tours-de-force et tournois parlementaires de ces mannequins sont d’autant plus drôles que tout le monde sait – et la presse anglaise, allemande, russe s’amuse à le rappeler chaque jour – qu’ils traînent la chaîne tenue par M. Bismarck. Il soutient Thiers, parce qu’il ne veut pas que les cléricaux (qu’il poursuit en Allemagne d’abord par des raisons toutes policières et aussi à cause de ses relations avec l’Italie) le remportent à Paris. De l’autre côté, l’ambassadeur prussien à Paris, sous les ordres directs du roi, soutient les ruraux qui possèdent toutes les sympathies de son maître. Malheureusement tout cela vous rappèle le souvenir de la diète polonaise à une époque où les Russes donnaient le dernier coup à l’indépendance polonaise ou de Byzance quand les Turcs étaient devant ses portes. »
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