Toshio Bando : rétrospective d'un maître japonais de l'École de Paris

 
Artiste japonais incontournable de l’École de Paris, Toshio Bando fait l’objet d’une rétrospective exceptionnelle ce 4 avril au sein de la Maison Ader Paris.

En amont de cette vente aux enchères qui dispersera la collection Jacques Boutersky à l'Hôtel Drouot, une sélection de 40 œuvres choisies sera exposée à l’antenne bruxelloise d’Ader, du 11 au 19 mars. Proche de Foujita, Toshio Bando a su marier influences japonaises et modernité européenne, s’imposant discrètement mais sûrement dans le paysage artistique du XXe siècle.
 
Autoportrait aux pinceaux ou Composition Bouddha, 25 avril 1925
Huile sur toile
Signée et datée en haut à gauche à la peinture or
accompagné du Kamon, emblème traditionnel de la famille Bando

Toshio Bando fait partie de l’école de Paris, nom donné à un groupe disparate d’artistes étrangers qui connurent le succès en France durant la première moitié du XXe siècle. On pense bien sûr à Ossip Zadkine, Marc Chagall ou Amedeo Modigliani, mais aussi et surtout à Foujita, dont Toshio Bando fut proche : c’est dans son atelier que le jeune homme fut accueilli à son arrivée en France et c’est Foujita qui, le premier en Europe, reconnu son talent.
 
Le Chat siamois assis, 1927
Huile sur toile
Grand nu (Andrée), 22 juin 1924
Huile et feuille d’or sur toile

Toshio Bando naît le 16 juillet 1895 à Tokushima, au Japon, au sein d’une famille aisée de descendants de samouraïs. Elevé par sa grand-mère dans la tradition bouddhiste, il acquiert auprès d’elle un calme et une retenue dont il ne se départira jamais. Plus tard, le jeune homme entreprend des études de comptabilité, mais il devient très vite évident que cela ne lui convient pas : il veut devenir peintre. En 1918, alors qu’il a à peine 23 ans, il devient le plus jeune exposant du salon Bunten, salon phare de la sphère artistique japonaise réputé très sélectif. Il y exposera trois années durant.
 
En 1921 pourtant, cela ne lui suffit plus. La guerre est finie et Toshio Bando veut en profiter pour découvrir l’Europe. Il embarque à bord d’un cargo, destination Hambourg, puis se rend à Berlin, où il réside un mois, et enfin à Paris. Là, il fait rapidement la connaissance de Foujita et du milieu artistique parnassien des années folles. Devenu proche de Foujita, il est présenté par lui au galeriste Chéron, qui expose désormais les deux artistes.
 
Nu à l’éventail fond or, 9 juin 1925
Huile et feuille d’or sur toile
 

Durant l’entre-deux-guerres, Toshio Bando connaît le succès : sur les conseils de son galeriste il produit de nombreux petits formats, les plus vendeurs, et enchaîne les expositions au Salon d’Automne, à la galerie Bernheim-Jeune, au Salon des Indépendants, à la Société des artistes Japonais… Son œuvre trouve son public : Henri Puvis de Chavannes loue la finesse de son coloris et de son dessin, qu’il préfère encore à celui de Foujita, et la « mise en page imprévue » dont use l’artiste. Mais rapidement lassé par le milieu artistique parisien, Toshio Bando s’installe à Pierrefitte, où il recueille de nombreux animaux, puis déménage à Garé, près de Mantes. Là aussi il s’entoure d’une petite ménagerie, qu’il peint sans relâche. En rupture avec son marchand, Bando réalise à la fin des années 1920 un grand autoportrait où il se représente en train de peindre un chien, au pied de sa voiture : si ce n’est pas le seul autoportrait de l’artiste, c’est sans doute le plus ambitieux. Il le conservera toute sa vie.

 
Pipe et pot à tabac en porcelaine de Satsuma, vers 1929
Huile sur toile.

Ce relatif éloignement le pousse vers les notables de Mantes, dont il réalise alors un certain nombre de portraits. Cela ne l’empêche pas d’exposer à Paris, comme à la galerie Gerbo en 1932, mais cela se fait plus rare. A quoi s’ajoute bientôt son mariage avec une pianiste française, puis la guerre, et enfin la naissance de sa fille, Kimié. Les Bando retournent à la capitale dès 1938, mais le contexte n’est pas propice à une exposition et l’artiste préfère se consacrer à sa famille, sans pour autant arrêter de peindre. Au début des années 1950 il réalise une série d’aquarelles et d’encres de Chine représentant les rues de Paris. La famille fait encore quelques séjours à Garé, où Bando peint la nature environnante. Victime d’un accident cardiaque en 1965 et sentant sa maîtrise technique diminuer avec l’âge, Toshio Bando cesse tout à fait de peindre à la fin de l’année 1971. Il s’éteint en 1973, à 77 ans.
 
Le Chat noir et blanc, 1926
Huile sur toile

Son œuvre, pourtant, n’est pas oublié : malgré une fin de vie passée loin des milieux artistiques, Toshio Bando conserve de fidèles collectionneurs, qui ne l’ayant jamais connu tombent amoureux de ses œuvres. Parmi eux, Jacques Boutersky, dont la collection sera bientôt dispersée : marchand d’art parisien, il découvre en juin 1986 un premier tableau lors d’une vente aux enchères, chez Ader déjà. C’est le coup de foudre. Par la suite il n’aura de cesse que de collectionner les œuvres de cet artiste quasi inconnu dont pourtant il retrouve la trace dans les collections de grands amateurs d’art. Pour susciter la curiosité et en apprendre plus sur le peintre, Jacques Boutersky accroche dans sa galerie des toiles du maître, dont il prend soin d’indiquer par une pastille rouge qu’elles ne sont pas à vendre. Pendant des années, ce prétexte lui permet de faire connaissance avec des amateurs de l’œuvre de Toshio Bando et, petit à petit, à force de rencontre et de persuasion, de constituer un ensemble d’œuvres unique par ses dimensions.

 
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Collection Jacques Boutersky
Toshio Bando – dans l’intimité d’une collection
Vendredi 4 avril à 14 h 
Hôtel Drouot, Salle 9

Exposition :
Mercredi 2 avril de 11 h à 18 h
Jeudi 3 avril de 11 h à 20 h
Vendredi 4 avril 11 h à 12 h

Responsable de la vente :
Xavier DOMINIQUE - xavier.dominique@ader-paris.fr 
Camille MAUJEAN - camille.maujean@ader-paris.fr