Richard WAGNER (1813-1883). L.A.S., Paris « 16. Rue Newton. - Lot 215

Lot n° 215
Aller au lot
Estimation :
6000 - 8000 EUR
Résultats sans frais
Résultat : 10 140EUR
Richard WAGNER (1813-1883). L.A.S., Paris « 16. Rue Newton. - Lot 215
Richard WAGNER (1813-1883). L.A.S., Paris « 16. Rue Newton. Champs Elysées » 4 novembre 1859, à Josef Tichatscheck [à Dresde] ; 4 pages in-8 remplies d’une petite écriture serrée ; en allemand. Très belle et longue lettre au fameux ténor, créateur de Rienzi et de Tannhäuser, alors que Wagner est réfugié à Paris et songe à lui pour Tristan, qu’il est en train d’achever. Il est heureux des services que lui rend son ami, et de le sentir à ses côtés, alors que tant d’amis n’ont aucune idée des énormes soucis qui pèsent sur lui. Sans le soutien de Tichatscheck, il succomberait. En raison du retard de Tristan, il n’a aucun moyen de subvenir à ses besoins ; et Gustave Roger [chargé de la traduction du livret de Tannhäuser] travaille très lentement. Wagner espère donc avec inquiétude le prêt de 5 000 francs que son ami tâche de lui obtenir. Il a tout essayé pour s’installer à nouveau en Allemagne, mais a dû finalement, à contrecœur, s’installer à Paris, avec une femme souffrante ; il n’éprouve que des revers, des retards et des malheurs. Ainsi, il ne peut rien attendre de Berlin, où le ténor Formes [qui devait chanter Lohengrin] a perdu la voix et où ils n’ont pas du tout d’autre ténor. Il évoque ensuite ses démêlés avec les théâtres allemands pour se faire payer des cachets décents : ainsi à Wiesbaden pour Rienzi, ou à Munich et Stuttgart. Quant à Lüttichau (directeur du Hoftheater de Dresde), qui a payé soixante louis d’or pour Rienzi et Tannhäuser, Wagner pensait qu’il donnerait au moins la même chose pour Lohengrin, et même que, sachant la grande popularité de ses opéras, il monterait jusqu’à 100 louis d’or ; au contraire, cette fois, il paie 10 louis d’or de moins que pour les opéras précédents, donc moins que Munich et le plus petit Stuttgart. Mais le fait que le Roi [Johann I de Saxe] ait annulé la dette de son avance change la donne. Que Lüttichau fasse maintenant un effort pour que Wagner lui-même soit appelé à Dresde pour y jouer Tristan ; s’il y parvient, Wagner non seulement lui pardonnera son avarice, mais il n’exigera pas un centime ni pour Tristan ni pour ses futures œuvres. Mais si Lüttichau n’y parvient pas et veut un jour donner un nouvel opéra de Wagner sans lui, alors il sera surpris de ce qu’il devra payer pour avoir la partition. C’est trop honteux la façon dont on traite ces pauvres diables d’auteurs ; en France, on lui rit au nez devant une telle situation. Puis Wagner en vient au projet de Tristan. S’il lui était effectivement permis de venir, il accepterait cette première représentation même après un retard de six mois. Mais il prévient son cher Tcheckel. Le fait que le ténor ait encore cette force et cette fraîcheur incroyables de son organe à son âge [52 ans] est un miracle de la nature unique ; mais un cadeau aussi étrange doit être apprécié et utilisé avec précaution. S’il s’arrête de chanter une fois, ce sera fini pour tout : ainsi le Tristan, par exemple, ne pourra plus être terminé avant longtemps. On pourra certes encore chanter Le Pardon de Ploërmel après lui. Mais ce serait une tentation sacrilège de la nature de gâcher six mois si merveilleusement précieux, et de remettre à plus tard les tâches les plus difficiles et les plus élevées de l’art, en s’en remettant à la chance. Wagner espère bien trouver dans six mois son ami aussi vif ! Mais au bout d’une demi-année, il devra être tout à lui pendant encore bien des demi-années et des années entières… Qu’il réfléchisse et se demande s’il ne serait pas préférable, en supposant que Wagner fût autorisé à venir, de faire Tristan plus tôt, peut-être le plus tôt possible, au lieu de perdre un temps précieux en vain… « Mein lieber Freund! Wie wichtig auch die Dienste sind, die Du mir jetzt leistest, so glaub’ doch, dass die herzliche Freude und der liebenswürdige Eifer, mit dem Du mir zur Seite stehst, an sich selbst mich noch mehr beglücken! Ich bin erstaunt, wie stumpfsinnig und gedankenlos die meisten meiner Freunde sind, die sich durchaus nicht einbilden zu können scheinen, welchen Zufällen meine Lage fortwährend ausgesetzt bleibt, welch’ zerrüttenden Sorgen ich oft preisgegeben bin, und wie sehr mein Geist belastet ist, der doch nur dann schaffen und der Welt etwas sein kann, wenn er frei und klar ist. So versichere ich Dir denn, wenn Du mir jetzt nicht vollends zu helfen vermagst, dass ich dann wirklich erliegen zu müssen glaube. […] Pour la fin de la fiche, voir le PDF du catalogue.
Mes ordres d'achat
Informations sur la vente
Conditions de vente
Retourner au catalogue