Camille CLAUDEL (1856-1943). L.A.S. «Mlle C. Claudel», Montd - Lot 5

Lot n° 5
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Camille CLAUDEL (1856-1943). L.A.S. «Mlle C. Claudel», Montd - Lot 5
Camille CLAUDEL (1856-1943). L.A.S. «Mlle C. Claudel», Montdevergues 22 décembre [1915], à Mme de Vulpillières à Nice ; 6pages in-8, enveloppe timbrée. Très rare et pathétique lettre sur son internement et ses souffrances. [Internée à Ville-Évrard le 10 mars 1913, Camille Claudel a été transférée le 12 février 1915 à l’asile d’aliénés de Montdevergues à Montfavet (Vaucluse), où elle restera internée 28 ans, jusqu’à sa mort. La lettre est adressée à son amie la comtesse Marguerite de Reydet de Vulpillières née Duport de Rivoire (1861-1940), qui a eu, avec son mari Gabriel, deux fils, François et Raoul, et une fille, Simone. Le fils aîné François, né en 1896 à Avignon, a été tué le 15 juin 1915. Les Vulpillières demeuraient à Paris 5 rue de l’Échelle, où ils durent recevoir à dîner Camille Claudel, comme elle l’indique à la fin de la lettre. La lettre est écrite à l’encre noire sur un bifeuillet et un feuillet simple de papier ligné ; Camille Claudel a confectionné elle-même l’enveloppe en pliant un feuillet du même papier.] Camille Claudel remercie sa correspondante d’avoir oublié un instant son «désespoir maternel» pour penser à elle. Elle se rappelle «le petit François, cet enfant si intelligent et si raisonnable qui recevait vos visites comme une grande personne». Elle n’aurait pas «cru qu’il fut déjà en âge d’être soldat et surtout qu’il fut déjà appelé à une mort aussi glorieuse mais aussi bien cruelle !» Elle tente cependant de rassurer sa correspondante: peut-être est-il «tombé dans quelque traquenard» et se trouve «prisonnier en Allemagne». Elle propose de faire agir «une de mes amies artiste peintre qui habite Berlin (la baronne Laetitia de Witzleben) qui a beaucoup de connaissances à la cour d’Allemagne et qui est généralement très bien renseignée». [Laetitia von Witzleben (1849-1923), peintre et sculptrice, avait été, comme Camille, élève d’Alfred Boucher à l’Académie Colarossi puis de Rodin, et avait partagé avec son amie Camille Claudel et d’autres amies un atelier au 117, rue Notre-Dame-des-Champs.] «Vous me faites espérer que vous viendrez me voir, ce serait un grand bonheur pour moi aussi». Elle recommande de voir d’abord l’aumônier, et de «lui demander conseil pour savoir comment on pourrait parvenir jusqu’à moi»… Elle prévient son amie: «Je crois que vous aurez beaucoup de peine à me reconnaître, toutes les souffrances que j’ai éprouvées dans ces horribles établissements sont écrites en grosses lettres sur ma figure. Je crois que si on m’y laisse encore quelque temps je n’en sortirai que pour le cimetière de Montfavet». Elle se hâte d’écrire à son amie, car «la pauvre jeune fille qui se risque pour porter mes lettres à la poste va bientôt quitter d’ici et alors je me retrouverai de nouveau bouclée sans aucune communication avec l’extérieur. Il serait aussi possible aussi que du jour au lendemain on m’empoigne de nouveau pour me transporter dans un établissement encore plus lointain d’où je ne puisse jamais sortir». Elle recommande «la plus extrême prudence […] Si vous voulez bien m’aider dans cette triste circonstance et que cela puisse vous être agréable, je me ferais un plaisir de faire le buste de vos deux enfants ou de vous-même !» Heureusement le deuxième fils est trop jeune pour «aller se mêler à cette horrible boucherie !» Et il reste la petite Simone pour consoler la mère de la perte de son fils aîné. Elle ajoute pour conclure: «Quand vous verrez les hautes murailles qui entourent votre malheureuse amie vous ne pourrez pas vous empêcher de verser quelques larmes sur le sort de celle qui s’est si souvent assise à votre table pour manger vos excellents dîners»…
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