Eugène CHEVREUL (1786-1889). L.A.S., [vers 1880], à François - Lot 157

Lot n° 157
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Eugène CHEVREUL (1786-1889). L.A.S., [vers 1880], à François - Lot 157
Eugène CHEVREUL (1786-1889). L.A.S., [vers 1880], à François-Auguste Mignet ; 3pages in-4 remplies d’une petite écriture, à en-tête du Muséum d’Histoire naturelle (sous verre). Très intéressante et longue lettre du chercheur scientifique à l’historien. Chevreul a toute confiance en Mignet et veut l’interroger sur «deux points de mes applications de la méthode, telle que je l’ai définie, aux sciences de votre domaine». Le 1er point concerne l’explication des faits. Chevreul part d’une anecdote racontée par de Thou concernant le futur Henri IV jouant aux dés «quelques jours avant la Saint-Barthélemy», et voyant «du sang sur les dés». Selon Voltaire, «ennemi du prodige», ce fait était «causé par les rayons du soleil tombant sur les paupières sous un certain angle». Beguelin, de l’Académie de Berlin, observa le phénomène en 1771 mais se trompa «sur les différents effets du phénomène, il fallait pour que l’explication fut possible la connaissance de la loi du contraste simultané des couleurs, qui ne fut connue qu’en 1827». Chevreul, qui avait expliqué sans le publier le phénomène en 1839, a montré en 1876 à l’Académie des Sciences «la vue comparée du noir absolu, avec le noir matériel ; cette vue comparative est nécessaire à l’explication du phénomène». Mais, avant de «publier l’ensemble de mes recherches», Chevreul voudrait savoir si un auteur a parlé avant Voltaire «de l’action du soleil sur les yeux pour produire la vision du Rouge sur le noir». En 2e point, Chevreul dénonce une «grande lacune» dans l’enseignement de la philosophie ; chez les Grecs (Démocrite, Pythagore, Platon, Aristote), elle comprenait «tous les principes des connaissances humaines du temps», mais «la science des actions moléculaires» leur était inconnue, relevant «de la physique et de la chimie actuelles, dont les conséquences sont considérables pour connaître les vérités accessibles à l’esprit humain. Il s’attache depuis 1856 à «la définition du mot fait» par «la distinction que j’ai faite de l’analyse de la synthèse chimique d’avec l’analyse de la synthèse mentale». Pour lui, «il existe une philosophie générale dont l’étude [...] montre une analogie parfaite entre les catégories des hommes de génie et de simple intelligence livrés à chacune des branches de l’intelligence humaine douée chacune d’une philosophie spéciale». Chevreul fait suivre ce «long verbiage» d’un aperçu sur le livre L’Homme au masque de fer de Marius Topin ; il a été frappé par son «esprit de méthode», qu’il se propose de citer «comme un modèle à imiter» dans l’appendice à son ouvrage: Résumé d’une histoire de la matière depuis la philosophie jusqu’à nos jours. En appliquant cette méthode à l’histoire de l’alchimie, il est parvenu à «expliquer les erreurs des alchimistes et celles d’hommes éminents qui préfèrent la phlogistique à la théorie de la combustion de Lavoisier, expression de la vérité»... Et il conclut: «Le résultat final de toutes mes études dans la recherche de l’inconnu est 1° de définir les faits relatifs à l’objet qu’on étudie, 2° d’interpréter les faits. C’est cette interprétation qui constitue la théorie des sciences naturelles, lorsqu’elle a été soumise à un contrôle expérimental»…
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